PNPP et toxicité

20 septembre 2008

« Contribution sur la notion de toxicité, adaptée à celle des PNPP du domaine public telles que définies dans le projet de décret adressé à Joël Mathurin, DGAL, Ministère de l’Agriculture »

Les discussions du groupe de travail du mercredi 04 juin, montrent à quel point la notion de toxicité est ambiguë et paradoxale, car omniprésente dans le monde végétal, y compris celui des légumes cultivés au jardin et destiné à l’alimentation humaine…

De nombreux échanges dans ce groupe de travail (PNPP du domaine public), depuis décembre 2006, portent sur ce sujet, au point qu’il nous semble important de prolonger les échanges pour aboutir à une représentation la plus objective possible de cette notion qui souffre de trop nombreux amalgames.
Les interprétations des phrases où figurent la notion de « toxique » et les remarques faites sur la « lourdeur » du dossier consoude, ce mercredi montre que le débat n’est pas clos et que, pour ce qui est du dossier consoude cité, l’argumentation, d’évidence incomplète ou mal formulée, n’a pas rassuré quant au caractère véritablement peu préoccupant de la plante elle-même, mais aussi des préparations réalisées avec elle.
Nous espérons que cette nouvelle contribution favorisera une perception commune de cette notion si difficile à appréhender, et pourtant à l’origine même de la vie !
Pour cela, nous refusons de faire de la notion de toxicité un drapeau rouge qui serait agité sans vraie raison, autre que celle de semer le doute dans les esprits quant au caractère peu préoccupants des préparations type extraits végétaux fermentés.


Sans aucune intention polémique, mais juste parce qu’il nous semble qu’une remise en situation historique s’impose, nous souhaitons rappeler que le point de départ de cette affaire dites du « Purin d’ortie », fut notre refus de la « sanitarisation » excessive induite par l’article 70 de la loi n°2006 du 05/01/2006 parce que contraire aux intentions annoncées dans le Titre IV de cette même loi : « Répondre aux attentes des citoyens et des consommateurs ».
L’application stricto sensus de ce texte a conduit au paradoxe suivant : la loi permettait que des AMM soient délivrées à des produits hautement toxiques, tandis que des préparations naturelles simples et sans danger ne pouvaient en bénéficier, parce que handicapées par la lourdeur des démarches et à leur coût inadapté.
Face au tollé général suscité par une telle situation, les parlementaires ont souhaité mettre un terme à cette contradiction et ont acté ce refus de la société civile toute entière ; ils ont souhaité que :
« Ces dispositions ne s’appliquent pas aux préparations naturelles peu préoccupantes, qui relèvent d’une procédure simplifiée, fixée, ainsi que la définition de ces préparations, par décret. »
Nous travaillons avec vous en ce sens de manière constructive et responsable depuis un an et demi maintenant. La dernière réunion nous a, à nouveau, démontré votre ferme volonté d’aller de l’avant et votre souci d’efficacité, ce dont nous prenons acte et dont nous vous remercions sincèrement.
Pour autant, nous ne voudrions pas que ces efforts soient ruinés par des incompréhensions et malentendus sur la nature des produits pour lesquels nous souhaitons que soient délivrées des AMM, dont on sait qu’ils répondent à des pratiques agro-écologiques nouvelles et respectueuses de l’environnement et de la santé humaine.
Nous réaffirmons partager avec vous l’idée que dans la nature se trouvent des principes actifs toxiques ou hautement toxiques : ciguë, belladone, tomate, pomme de terre…

Pour autant, c’est sans doute là que nos analyses divergent : nous refusons l’amalgame réducteur qui est fait entre toxicité des molécules de synthèse et toxicité des molécules naturelles organiques. Nous insistons sur la nécessité qu’il n’y a pas lieu de comparer ce qui n’est comparable !
Des exemples simples nous montrent les non-sens induits par un raisonnement simplificateur :

  • Chaque année les fanes des pommes de terre (Solanum tuberosum), chargées en alcaloïdes hépato-toxiques puissants, se dessèchent et se décomposent sur les sols agricoles… Est-ce pour autant que ceux-ci sont pollués en alcaloïdes toxiques (solanine) ?
  • Dans de nombreuses régions de France, le Centre et l’Est notamment, la digitale pourpre (Digitalis purpurea) colonise les talus de manière spectaculaire ; parfois au milieu de ces peuplements denses se trouve une source d’eau potable où les randonneurs s’abreuvent sans danger…
  • Nos jardins regorgent de belles empoisonneuses ; une tige de la digitale précitée ou un brin de muguet (Convallaria majalis) mis en bouche suffisent à mener au service des urgences de l’hôpital ; quelques graines de ricin (Ricinus communis) sont fatales à un enfant, son feuillage est également hautement toxique, il est présent et abondant dans tous les jardins publics de France sans que cela n’émeuve personne. Et que dire des primevères asiatiques (Primula japonica, bulleyana, bulleesiana, etc.) très toxiques, ou des coquelicots (Papaver orientalis) venant du même continent qui pourraient être confondus avec nos primevères (Primula officinalis, veris, elaiator…) et nos coquelicots (Papaver rhoeas et  dubium) indigènes comestibles dont on fait chez nous des salades depuis les temps préhistoriques.

Là aussi, et cæetera…
À aucun moment, il ne viendrait à l’idée de l’administration d’interdire la culture et/ou la récolte des plantes précitées, pomme de terre comprise !
Pourquoi ?
La toxicité est une notion bien trop complexe pour être sujette à raccourci et au dogmatisme. Elle est indissociable de la notion de dose : une même molécule naturelle pouvant passer du statut d’alimentaire, à celui de médicinale ou de toxique, sans que sa nature ou sa structure n’ait changé… C’est le cas de la pipérine, un alcaloïde contenu dans le poivre (Piper nigrum) et de bien d’autres substances ingérées chaque jour par chacun de nous.
Dans une même plante, un organe peut-être toxique, l’autre non ! La pomme de terre, la tomate (Lycopersicon esculentum), l’asperge (Asparagus officinalis) en sont de parfaits exemples.
Mais encore une fois, la toxicité avérée de certains organes de ces plantes, ne laisse pourtant jamais de résidus toxiques dans l’environnement.
Si exception il y a, elles seront facilement listées et exclues du champ d’application du décret PNPP.
À l’inverse, qu’un laboratoire synthétise les alcaloïdes des parties vertes de la pomme de terre, ceux de la tomate ou des tiges et fruits de l’asperge et concocte des produits phytopharmaceutiques biocides, une hypothèse plus que réaliste, il y a de fortes présomptions pour que ces molécules ne soient pas reconnues dans le milieu où elles seront répandues et donc ne seront pas métabolisées dans des délais compatibles avec les exigences sanitaires minimales… Et que dire des cocktails de ces mêmes molécules ?
De ces comportements connus des différents types de molécules, on ne peut faire l’amalgame, sous peine de tromper le consommateur et l’utilisateur et on ne peut objectivement « répondre aux attentes des citoyens et des consommateurs ».

Des différences fondamentales :

Quant à l’efficacité des produits de synthèse1, qui souvent s’exprime en terme de toxicité, elle est le résultat d’une concentration de principes actifs qui ne sont pas reconnus dans le milieu où ils sont dispersés. D’où une action violente et biocide et une rémanence problématique en terme de santé humaine et de celle de l’environnement (atteinte à la biodiversité).

À l’inverse, l’efficacité des PNPP (dont les extraits de plantes, certains minéraux, etc.) est le résultat de recettes toutes basées sur la dilution de principes actifs parfaitement reconnus par le milieu où ceux-ci sont dispersés et donc rapidement « bio-transformés » en molécules non rémanentes.

Par définition, les PNPP ne sont jamais des biocides aveugles capables de tuer tout ce qui bouge !

On ne peut pas objectivement chercher à préciser la nature des risques inhérents aux PNPP, si l’on oublie ces préalables.
Car, il est bien évident que si l’administration n’a pas jugé bon de demander aux agriculteurs et jardiniers de détruire les fanes de pommes de terre avant qu’ils ne dessèchent, ni d’interdire la culture de plantes hautement toxiques comme le muguet, la digitale ou le ricin, ce n’est ni par laxisme, ni par inconscience du danger, mais pour des raisons biologiques simples, parfaitement connues des scientifiques, qui font qu’aucune contamination toxique n’est à craindre de telles situations….Cela, même si une ingestion accidentelle des plantes toxiques, ou parties toxiques des plantes, n’est pas exclue. Il n’empêche que ni la présence de ces plantes, ni leurs transformations organiques naturelles ne constituent un danger ; ni pour l’environnement, ni pour la santé humaine.
Ainsi, on ne peut que constater que le sol n’est pas plus pollué sous une haie d’if (Taxus baccata) ou de laurier rose (Nerium oleander) que celui constitué par la bonne terre de potager qui accueille une haie de framboisiers (Rubus idaeus) ou de radis (Raphanus sp.).
Et pourtant, quelques graines d’if ou une simple feuille de laurier rose suffissent à tuer un adulte
De la même manière, on ne retrouve pas de cyanure sous le pied d’un pommier où la récolte  entière aurait pourri, alors les pépins du fruit, ou encore les amandes de la pêche ou de l’abricot, contiennent des quantités d’acide cyanydrique potentiellement létal pour l’homme.
Dès lors, se focaliser sur la pseudo « toxicité » des PNPP a-t-il un sens ? Le débat n’est-il pas stérile ? N’annonce-t-il pas, par avance, un échec quant aux demandes qui doivent être formulées rapidement ?
Nous rappelons ici que l’administration et elle seule, conserve en dernier recours la capacité d’accepter ou non un dossier, mais aussi celle de retirer une AMM qui aurait pu être attribuée indûment…
Aussi, n’est-il pas plus constructif de porter nos efforts sur les recettes et les garanties qu’apporteront celles-ci quant au caractère peu préoccupant des préparations ?

Des extraits de plantes…

La préparation des extraits fermentés, dont la recette s’appuie sur des processus naturels de transformation de la matière organique vivante sont bien la garantie que ces PNPP correspondent à la définition du projet de décret parce qu’issus des totums végétaux récoltés dans la nature (ortie, prêle, consoude, fougère…) ou cultivés (luzerne, neem…) ; ils correspondent bien à la définition de « peu préoccupants ».
Plus encore, constatons que le mode de fabrication des extraits fermentés se retrouve bien dans ce schéma décrit précédemment de dilutions successives :
- 1 kg de plante fraîche (150 à 200 g de plantes sèches), diluées dans 10 litres d’eau- ! Le produit obtenu étant ensuite clarifié par filtration ou décantation…
Quid dans ce cas de la nécessité d’une étude de toxicité ?
Ainsi, l’extrait de consoude, dont les parties aériennes ne contiennent que peu d’alcaloïdes, qui se retrouvent alors, en raison même du mode de fabrication, à l’état de trace dans le produit fini, ne peut être accusé de présenter un quelconque risque…
Faut-il rappeler à nouveau que les feuilles de consoude sont régulièrement consommées en Europe occidentale en tant que légume vert et sous forme de beignets et que la plante est inscrite à la pharmacopée européenne.

Faut-il rappeler que pour 2 ou 3 cas d’intoxications supposés à la consoude référencés par la bibliographie, cette même bibliographie recense plusieurs centaines de cas annuels d’empoisonnement dues à la solanine contenue en forte dose dans les pommes de terre germées !
Où est la logique de protection du consommateur ? Où est son intérêt ?
Bien évidemment, et il faut le rappeler, cette démonstration ne vaut que pour les PNPP qui respecteront les règles de fabrication telles que définies dans le projet de décret2.
C’est pourquoi, et cela en accord total avec Alain Blogowski, nous avons toujours rejeté de cette définition les catégories de produits qui viseraient à copier à l’identique des molécules naturelles et à reformuler avec elles des produits phytopharmaceutiques (de fait, par des procédés non accessibles à l’utilisateur final3 ).
Ces réflexions nous conduisent à vous demander que soient débattues en profondeur, et dès que possible (la prochaine réunion n’étant prévue qu’en 2009) ces notions relative de toxicité et celle de peu préoccupant, ce dernier terme devant souligner la non-toxicité des produits visés.
Dès lors que la liste de plantes sera établie, et dès lors que les traitements et extractions, tels que prévus par le décret et ses arrêtés, auront été respectés (sachant qu’ils ne peuvent, ni ne doivent remettre pas en cause ce caractère « peu préoccupant » des préparations), ne peut-on (et ne doit-on) pas acter de leur innocuité ?
Pour conclure, sachant que « La mise sur le marché des préparations naturelles peu préoccupantes fait l’objet d’une autorisation délivrée par le ministre chargé de l’agriculture, le cas échéant après avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments. » peut-on définir quels sont les cas où l’avis de l’AFSSA est sollicité et ceux où il ne le sera pas ? Cette dernière question a déjà été soulevée (par la Confédération Paysanne), sans que réponse ne lui soit apportée.
Il y a à notre sens, dans ces deux derniers points, réelle matière à allégement des démarches d’AMM pour les PNPP, dont tout un chacun s’accorde à reconnaître le caractère peu préoccupant, et qui doit nous éviter de nous enfermer dans des démarches lourdes et injustifiées de toxicologie dont l’objectif serait de semer le trouble dans les esprits…
Nous vous remercions de l’intérêt que vous porterez à cette contribution et, par avance, à la réponse que vous voudrez y apporter.

Contribution de Bernard BERTRAND, auteur / éditeur, membre de l’association « Les Amis de l’Ortie », co-fondateur et membre de l’ASPRO-PNPP.

  1. y compris ceux copiant à l’identique des molécules naturelles []
  2. Chapitre Ier du décret []
  3. Article III du chapitre Ier du décret []

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Classé dans toxicité | Commentaires (2)

2 réactions à “PNPP et toxicité”

  1. philippe a dit :

    devoir de désobeéissance !!!!Transpirez l’autonomie et tout ira bien !!!Nous faisons ce que nous voulons, nous ne donnons pas la moindre attention a ce qu’une poigné de voyoux se permet de nous dicter. si tout le monde fait pareil tout ira bien
    Le problème est que le peuple a besoin q’on lui dicte sa conduite alors qu’il ne se plaigne pas il n’a que se qu’il mérite.
    M.P.

  2. rodier a dit :

    nous avons décidé de désobéir cette année le premier pas vers des céréales(triticale vesse)sans engrais seulement du purin d’ortie pas mieux ni moins bien qu’avec du chimique mais alors bien moins cher,plus du purin d’ortie en dilution a la pompe a minéraux pour des brebis laitières , qui deviens donc une pompe a minéraux végétaux, notre nouveau pas, la consoude dans l’alimentation des brebis et des agneaux nous avons effectué quelques test
    haché sec avec des céréales et un peu d’argile pour les agneaux a huit jour ils nous aucun mal a l’absorber et ont l’aire de l’apprécier sèche cette consoude devient brun foncé pas très appétissante a l’œil mais les brebis elles , laisse l’autre foin de prés pour manger cette consoude tige dur compris, je recherche donc quelques infos sur cette consoude, qui en fauche et la fait sécher comme du foin? Qui peu me dire combien en mettre dans l’alimentation (en quantité )pour des brebis pour le moment nous n’avons que 100 pied de consoude officinale merci de votre aide

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